Quand Brides revient avec ses brides !

Le sondage d’opinion de Bureau de recherches informatiques et développement économique et social (Brides) arrive au moment où les idées paraissent divergentes autour de la nécessité d’une nouvelle constitution en Haïti . Par une formule miracle et spectaculaire, BRIDES recense 87,4% de la population qui serait volontaire pour avaler la pilule constitutionnelle. 

Cette formule magique d’orienter l’opinion publique sur les sujets controversés de la République ne datent pas d’aujourd’hui. Loïc Bondiaux (1998) en parle dans son livre intitulé : La fabrique de l’opinion. Une histoire sociale des sondages. 

L’auteur explique que les sondages ont réussi à acquérir le monopole de l’énonciation de l’opinion publique. Ils peuvent aujourd’hui prétendre dire ce que pense « l’Opinion ». Les sondages ont su très tôt se ranger du côté de la démocratie, se définir comme « la voix du peuple », le plus sûr moyen de court-circuiter les élites, les savants, les experts. Dès lors, critiquer les sondages, c’est critiquer la démocratie. 

A cela, Brides retente une expérience payante des élections présidentielles de 2015 où les acteurs politiques ont tous reçu leur vaccin anti contestation. Mais, le hic dans le sondage d’opinion sur le nouveau projet de constitution se retrouve autour l’échantillonnage. 14000 personnes à raison de 100 par commune sur les 140 communes du pays sur une population de 11 591 279 habitants. (Estimation 2019 de Populationdata.net) 

A la page 11 du document qui présente le tableau répartissant les sondés et leurs occupations actuelles, brides mentionne avoir questionné 1938 étudiants soit 13.8 % de l’échantillon sélectionné. 1874 Chômeur cherchant du travail, 384 Chômeur ne cherchant pas du travail, 80 Handicapé avec ou sans titre ? Personne ne sait ! 

C’est le même constat pour les 155 Pensionnaires. En outre, il mentionne 487 Employés du secteur public, 606 Employés du secteur privé, 2274 Travailleur indépendant soit 16.2 %, 3292 Commerçant soit 23.5% des personnes sondés, 108 Patron, 226 Technicien, bureau indépendant, 632 Commerçant dans le secteur informel. Il dénombre également, 956 ménagère, chauffeur et 988 Agriculteur. Le tout totalise 100% des 14000 personnes sondées. 

Vu la représentation et les secteurs sélectionnés, cela laisserait -il croire que les 3292 commerçants et les 2274 travailleurs indépendants représentant 39,7 % de l’échantillon sondé seraient plus aptes à donner leur avis sur le nouveau projet de constitution ? Ce qui prévaut qu’il y a eu un choix délibéré pour questionner le moins d’étudiants possible sur un sujet qui concerne leur avenir, l’avenir du pays qu’ils doivent se préparer à diriger. 

L’autre aspect important du sondage est la répartition des sondés selon leur niveau académique. 4683 des personnes interviewées ont un niveau d’étude Primaire et représentent 33.5% de l’échantillon global.  4827 ont soit un diplôme de Baccalauréat (1 ou 2) et représentent 34.5 %.  1501 Technicien, 1461 Universitaire (Complet, Incomplet) soit 10.4 % et 143 Post-Gradué/Spécialisation   soit 1.0. Cela sous-entend que 78,4 % de l’échantillon global a été questionné sur un sujet qu’il ne maîtrise pas ou du moins qu’il ignore totalement. Pourtant, la catégorie pouvant alimenter le débat et diriger les discussions vers un résultat éclairé ne représente que 1% de l’échantillon. 

N’est-ce pas une bonne technique pour museler le savoir vu que 78,4 % des 87,4 % des personnes ayant un avis favorable à la rédaction d’une nouvelle constitution ont une méconnaissance du sujet en question ?

Loin de prêter une intention au Brides, les chiffres parlent. Ce sont des éléments figuratifs en sémiotique de la communication qui démontrent une velléité d’abêtir le savoir dans l’objectif de diriger l’opinion publique et porter la population à agir inconsciemment sur des sujets d’intérêts publics.

N’est-ce pas une façon d’inciter la population haïtienne à s’autodétruire en se passant une corde au cou pour se pendre la bouche bridée avec une constitution en main ?

Joubert Rochefort

redactionanalyse@gmail.com

 

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