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« VIV ANSANM » : QUAND LES GANGS CONFISQUENT LES MOTS D’UN PEUPLE

Au sein de la société haïtienne, l’expression « Viv Ansanm » symbolisait autrefois la solidarité, la fraternité et la coexistence pacifique. Deux termes profondément enracinés dans notre culture, porteurs d’un idéal de vie collective.

De nos jours, l’appropriation de ces éléments par une coalition de gangs a bouleversé leur perception. Une expression qui encourageait autrefois l’unité renvoie maintenant, pour une partie de la population, à la peur, aux massacres et à l’insécurité.

En sociolinguistique, ce phénomène s’appelle la péjoration sémantique : lorsqu’une expression initialement positive acquiert une connotation négative sous l’influence de son contexte social.

Cependant, au-delà des simples mots, c’est l’ensemble d’un patrimoine symbolique qui se trouve en péril. Les gangs ne se contentent plus d’occuper des territoires : ils investissent également l’imaginaire collectif, au point de rendre suspecte une expression, jadis, porteuse d’espoir. Faudra-t-il dorénavant trouver d’autres mots pour parler de solidarité en Haïti ?

Lorsqu’un peuple commence à craindre les mots qui symbolisent auparavant son unité, la crise dépasse la simple question sécuritaire. Elle revêt des dimensions politiques, sociales et identitaires. Lorsque les gangs réussissent à transformer le « vivre-ensemble » en un symbole de terreur, la question n’est plus seulement de savoir qui contrôle le territoire, mais aussi qui détient le pouvoir de définir les mots d’une nation.

redaction@analyseht.com

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