Cet article est rédigé en réponse à une question posée par le journal en ligne *Analyse Haiti*, dans son *article publié le 11 décembre 2025,* intitulé “Konpa patrimoine : lorsque l’art réussit là où la politique échoue!”. La question posée est la suivante : *Pourquoi des écrivains renommés, des artistes et des opérateurs culturels échouent en politique ?*
Je réponds à cette interrogation selon la vision de politique publique portée par le parti Patriyòt Rasanble pour Sove Lakay (PARASOL). Mon objectif n’est pas de critiquer ni de défendre individuellement, mais d’apporter une réflexion constructive sur le rôle de la compétence, de l’imagination et de la conscience civique dans la gouvernance nationale.
Je tiens à saluer les compétences de M. Yves Penel, Directeur Général du Théâtre National, et de M. Erol Josué, Directeur du Bureau National d’Éthnologie (BNE), ainsi que leurs contributions précieuses à la valorisation de la culture et à la formation des jeunes générations. Leur travail illustre l’excellence intellectuelle que Haïti possède et qu’il faut savoir mettre au service de l’intérêt collectif.
Cette question révèle une vérité plus large : la difficulté pour les élites artistiques et intellectuelles de transformer le talent et le savoir en actions publiques concrètes, capables de répondre aux besoins réels de la population et de bâtir une gouvernance inclusive, éthique et durable.
Comment un savoir exceptionnel peut-il être mobilisé pour créer un impact social réel ? C’est exactement ce défi que le programme Renaissance (Leave No One Behind) et la doctrine du Dessalinisme humaniste visent à relever, en plaçant l’humain, la créativité et la justice sociale au centre de chaque décision publique.
*I. La formation académique : nécessaire mais insuffisante.-*
Médecins, ingénieurs, juristes, entrepreneurs, enseignants : tous détiennent un savoir précieux, fruit d’années d’études et de travail rigoureux. Ce capital intellectuel est indispensable au fonctionnement d’un État moderne. Il structure l’esprit, forge la discipline et permet de comprendre la complexité des systèmes nationaux et internationaux. Pourtant, le savoir seul n’implique pas la vision. L’école enseigne à analyser et mémoriser, mais rarement à créer ou à anticiper. Les élites peuvent exceller dans leurs domaines, tout en échouant à transformer les défis nationaux en solutions concrètes et durables. *Albert Einstein* l’avait formulé avec clarté: «L’imagination est supérieure à la connaissance, car elle engendre la connaissance.» C’est cette imagination — capacité à concevoir l’inédit et à rêver l’avenir — qui fait la différence entre une société qui survit et une nation qui prospère.
*II. L’illusion de gouvernance : compétence sans conscience.-*
Haïti connaît un paradoxe : ses élites sont hautement formées mais souvent déconnectées du réel et du collectif. Le médecin se prend pour stratège national, l’ingénieur croit bâtir la nation comme une entreprise, le juriste confond légalité et justice populaire. Ces décalages ne reflètent pas un manque d’intelligence, mais l’absence de conscience civique et d’éthique de service.
Dans notre système éducatif francophone, la hiérarchie et le diplôme dominent. L’individu apprend à obéir et à se conformer, rarement à oser, imaginer et expérimenter. La peur du jugement, la dépendance à l’approbation et la valorisation du prestige académique étouffent la créativité.
En comparaison, la culture anglo-saxonne privilégie l’expérience, le leadership collaboratif et l’audace. L’erreur y est considérée comme un apprentissage, et la créativité comme un outil de transformation sociale.
Haïti, en tant que carrefour culturel et géopolitique, pourrait tirer parti de ce modèle : unir la rigueur de la pensée francophone à la liberté imaginative de l’approche anglo-saxonne.
*III. Le rôle de l’imagination civique et éthique.-*
L’imagination, lorsqu’elle est conjuguée à l’éthique, à la sagesse et à la probité, devient un levier de gouvernance humaniste. Elle permet de concevoir des politiques qui ne sont pas seulement administratives, mais transformatrices, répondant aux besoins réels de la population tout en anticipant l’avenir.
Ainsi, la politique cesse d’être un outil de pouvoir pour devenir un acte de création collective. Elle se nourrit de l’écoute, de la réflexion et de la capacité à donner forme à des solutions inédites.
Haïti a besoin de dirigeants qui comprennent que la compétence technique doit marcher de pair avec la conscience morale et la créativité stratégique. Cette approche transforme le savoir en pouvoir constructif, capable de réunir les citoyens autour d’objectifs communs et durables.
*IV. Le Konpa : métaphore de la gouvernance harmonieuse.-*
Le Konpa n’est pas qu’un rythme musical. Il est le symbole d’une intelligence collective, capable de transcender les divisions et de créer une unité. Nemours Jean-Baptiste n’a pas seulement inventé un style ; il a bâti un langage qui traduit la mémoire, la joie, la douleur et l’espoir d’un peuple.
Cette réussite culturelle nous enseigne une leçon de gouvernance : l’unité naît de la reconnaissance du rythme commun, et non de l’imposition verticale du pouvoir. L’art montre que l’harmonie est possible lorsque chaque voix est entendue et chaque talent valorisé.
En politique, cette leçon est cruciale : gouverner, c’est écouter et orchestrer, non commander et imposer. C’est reconnaître le peuple comme acteur, et non comme spectateur.
Conclusion : *Gouverner, c’est créer ensemble.-*
Haïti peut se relever lorsque le savoir rencontre l’imagination, lorsque la compétence s’accompagne de conscience, et lorsque la politique retrouve la beauté et l’âme de son peuple. La reconnaissance du Konpa par l’UNESCO n’est pas seulement culturelle : c’est un message politique et civique. L’art nous rappelle que la créativité collective dépasse les limites du pouvoir individuel, et que la vraie gouvernance est celle qui inspire, rassemble et élève. C’est dans cette dynamique que se situe mon engagement : faire danser la nation au rythme de sa propre conscience et de sa créativité, pour bâtir un Haïti libre, souverain et uni.
Yvon Bonhomme
Stoïcien et Chercheur Engagé,
Président-Fondateur du parti politique Patriyòt Rasanble pour Sove Lakay (PARASOL),
Ancien Directeur Général du Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE).





