Le rapport 2024-2025 de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) met en exergue un écart significatif entre les aspirations sociales du pouvoir et la réalité de l’exécution budgétaire.
Alors que la pauvreté, l’insécurité et la détérioration des conditions de vie affectent gravement la population, environ 5,7 millions de personnes, soit 51 % de la population analysée, se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire aiguë. La page 91 du rapport est particulièrement révélatrice.
Le ministère des Affaires sociales et du travail (MAST) disposait d’une enveloppe de 22,1 milliards de gourdes, dont 18,5 milliards étaient prévus au titre des transferts sociaux. Pourtant, les dépenses effectivement exécutées n’ont atteint que 5,7 milliards de gourdes, soit un taux global d’exécution de seulement 26 %. Des milliards sont donc programmés au titre des initiatives sociales, néanmoins leur concrétisation en termes de dépenses effectives demeure particulièrement limitée.
Le contraste se révèle encore plus frappant lorsqu’on regarde la répartition des dépenses : le fonctionnement du MAST a été exécuté à 93,2 %, tandis que les dépenses classées au titre de l’investissement n’ont atteint que 18,4 %. La CSCCA souligne que ce dernier chiffre ne reflète pas nécessairement le taux d’exécution des seuls transferts sociaux, en raison de l’absence de données permettant d’isoler leurs décaissements. Une question dérangeante s’impose : comment l’administration parvient-elle à faire fonctionner sa machine, alors que ses interventions en faveur de la population restent aussi peu mises en œuvre?
Le constat établi par la CSCCA s’avère finalement rigoureux : les éléments disponibles ne permettent pas d’aboutir à une conclusion favorable concernant l’atteinte de la réduction de la pauvreté et le renforcement de la protection sociale.
La Cour relève également un écart significatif entre les priorités sociales affichées dans la programmation budgétaire et l’exécution effective des crédits. Dans un pays où les besoins sociaux sont immenses, prévoir des milliards n’est pas suffisant: il est nécessaire que l’État explique pourquoi les fonds annoncés au bénéfice des plus vulnérables peinent tant à se concrétiser en actions tangibles en leur faveur.
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