Les Archives nationales d’Haïti devraient être l’un des sanctuaires les plus précieux de la République. C’est là que se situe une partie de notre mémoire commune : actes d’état civil, documents administratifs et vestiges de plusieurs générations. Des documents vieillissent, se dégradent et deviennent difficiles d’accès.
Après 166 ans d’existence, l’institution rencontre des difficultés à s’intégrer pleinement dans l’ère numérique. Pourquoi ? Parce qu’en numérisant, Wilfrid Bertrand risque de compromettre son hégémonie. Plus de quatre décennies à direction d’une institution nationale, Wilfrid Bertrand semble parfois donner l’impression qu’un patrimoine commun à la République est administré comme s’il s’agissait d’une propriété privée.
Depuis 1983, Wilfrid Bertrand dirige l’institution, une longévité remarquable qui suscite des interrogations sur la gouvernance publique. Suite à la tentative de Michel J. Martelly en 2015 de moderniser la gouvernance des Archives nationales en installant un directeur général adjoint, la question n’est donc pas de savoir combien d’années un directeur peut rester en fonction, mais plutôt de savoir quel bilan de modernisation peut-on dresser après tout ce temps ? Pourquoi un citoyen doit encore affronter autant de difficultés pour retrouver certains documents ? Pourquoi, après 166 ans, la numérisation et l’informatisation complète des archives ne sont-elles pas encore réalisées ?
Une nation qui perd ses archives risque de perdre une partie de son histoire. Alix Didier Fils-Aimé a accordé la priorité aux locaux de la BRH et n’a pas effectué de visite des locaux des Archives nationales situés à Poste-Marchand. Erreur de protocole ou manque d’intérêt? Haïti ne peut pas aspirer à son avenir tout en laissant son passé se détériorer dans des boîtes. Moderniser les Archives nationales n’est pas un privilège technologique. Changer la gouvernance des Archives nationales n’est pas une problématique de génération. Il s’agit surtout d’une démarche essentielle pour préserver l’identité, les droits et la mémoire du peuple haïtien.
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